MOZAMBIQUE


MOZAMBIQUE
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Immense façade maritime de l’Afrique centre-australe, le Mozambique était généralement considéré pendant la période coloniale comme le simple appendice portuaire d’un ensemble intérieur anglophone beaucoup plus développé. Cette image assez négative du deuxième pays lusophone au monde quant à la population (loin derrière le Brésil, mais devant le Portugal) s’est accentuée depuis l’indépendance (1975), qui a pratiquement coïncidé avec la déchéance du pays. En fait, malgré ses intentions affichées, l’équipe qui a conduit le pays à l’indépendance est restée prisonnière des contraintes géographiques et historiques. Elles se conjuguent pour nuire à l’unité et à l’essor d’un des pays les plus artificiels d’Afrique mais aussi des plus importants s’il parvenait à trouver son équilibre. Sinistré par la décolonisation portugaise qui s’est effectuée dans des conditions précaires, avant-poste de la lutte contre l’Afrique du Sud dont il dépend étroitement, terrain d’expérience d’idéologues ayant du mal à convaincre les masses paysannes, et théâtre d’une guerre internationale, puis civile, pendant plus de quinze ans, le Mozambique, depuis son accession à l’indépendance, a tragiquement régressé en matière économique et sociale. Cette fragilité actuelle cache vraisemblablement un potentiel qui se révélera dans les années à venir. La capitale du Mozambique est Maputo (ex-Lourenço Marques).

1. Malgré l’adversité

Un milieu difficile

Ce pays, à la configuration tourmentée, donne l’impression d’être une longue côte à laquelle les hasards du découpage colonial auraient accordé un hinterland plus ou moins chétif ou massif selon la latitude. Cette image n’est pas fausse puisque ce pays à la superficie controversée, comprise entre 783 030, 784 032, 784 961, 786 763 et 799 379, voire 801 590 kilomètres carrés (dont 6 083 ou 9 652 km2 pour la partie mozambicaine du lac Nyassa ou Malawi), est un territoire étiré (1 965 km de la frontière sud-africaine à l’embouchure du Rovuma) selon deux axes sécants. Le plus grand (sud - nord-est) développe 2 470 kilomètres de côtes. Le plus petit (nord-ouest - est) représente cependant 1 130 kilomètres entre Zumbo et l’océan Indien.

Parmi les ensembles orographiques, on distingue traditionnellement et en premier lieu la zone littorale et les basses terres jusqu’à 200 mètres. Elles représentent environ 44 p. 100 de la superficie totale et, malgré des conditions climatiques éprouvantes, concentrent la plus grande partie de la population et l’essentiel de la vie économique. La côte est généralement basse, irrégulière de tracé, marécageuse ou sableuse, précédée ici et là d’îles coralliennes innombrables et parfois dangereuses (archipel des Querimbas au nord). Au sud du Save, des flèches littorales offrent parfois des abris utilisés pour l’implantation des ports (Maputo, Inhambane). Au centre, la côte est inhospitalière et les agglomérations sont espacées. Seuls Beira et Quelimane ont des fonctions économiques. Au nord, de l’Angoche au Rovuma frontière, de nombreuses criques offraient des emplacements de choix aux négriers jusqu’au début de ce siècle, mais l’ancienne capitale (Moçambique) étant morte, seul le nouveau port de Nacala a une importance qui sera appelée à se développer.

En arrière, la zone des plateaux moyens (200-600 m) occupe 17 p. 100 de la superficie. Elle se développe surtout au nord-est (planaltos de Nampula, des Makonde, de Marrupa) et en Zambezia (planaltos de Gurué, Milange, Alto Molocué). Des pics la parsèment. La troisième zone, celle des hauts plateaux (de 600 à 1 000 m), représente environ 22 p. 100 du territoire. On la trouve surtout au nord du Zambèze et singulièrement à l’est du Malawi. La zone des plateaux de plus de 1 000 mètres représente 17 p. 100 du total au Manica, aux frontières zambienne et malawienne et dans la province du Niassa. Prenant appui sur cette dernière zone s’élancent des formations beaucoup plus élevées, généralement frontalières (sauf au Monte Namuli à 2 419 m). Le point culminant du Mozambique est le Monte Binga à 2 436 mètres à la frontière du Zimbabwe (Manica).

Bien que le Mozambique compte un minimum de quatre-vingts fleuves, dont vingt-cinq importants, débouchant sur l’océan, peu sont commercialement navigables. L’exception historique a été le Zambèze. Il offre des biefs utiles de plusieurs centaines de kilomètres en aval de Tete et en amont de Cabora-Bassa.

L’exploitation économique des fleuves est donc orientée quasi exclusivement vers l’irrigation et la production d’électricité. La plupart des cours d’eau au nord du Zambèze n’offrent aucune perspective d’exploitation, qu’il s’agisse du Rovuma (frontière avec la Tanzanie) ou des Massalo, Lúrio, Monapo, Meluli, Ligonha, Molocué, Licungo... Au sud du grand fleuve, les Pungué, Revué, Limpopo et leurs affluents ont vu s’implanter des barrages, mais les Save, Inharrime, Incomati, pour ne citer qu’eux, servent plus à entraver les communications qu’à l’irrigation.

Le Mozambique est divisé en deux grandes aires climatiques. Au nord du Zambèze un régime de moussons prévaut; au sud, le climat dépend en partie des hautes pressions de l’anticyclone subtropical. Les températures présentent peu d’amplitudes annuelles élevées, mais les oscillations diurnes sont parfois très accentuées au sud (de 38 à 40 0C). L’humidité relative est partout sensible. L’année climatique se divise en deux grandes saisons. La saison humide (oct.-mars) obtient des moyennes mensuelles de 26,7 0C et 29,4 0C. La saison sèche (avr.-sept.) plus «froide» enregistre des températures de 18,3 0C à 20 0C à Maputo en juin-juillet. Depuis plusieurs années, la sécheresse compromet gravement en certaines régions la production, et notamment au sud du Zambèze. Ajoutée à d’effroyables inondations, elle a considérablement affecté l’agriculture et l’élevage. La végétation, en temps normal, comprend quatre grands ensembles: 1o une épaisse mangrove en zone littorale, notamment dans les deltas et les estuaires, avec, en arrière, une zone de dunes à végétation xérophile; 2o la savane dans les plaines et la forêt sèche sur les basses collines; 3o la steppe au-dessus de 600 mètres; 4o une végétation subalpine, avec prairies sur les montagnes. La savane est riche en grands animaux et le parc national de la Gorongosa attirait naguère les touristes du monde entier.

Une économie martyrisée

Comme en Angola, la brutalité et l’ampleur de l’effondrement économique depuis l’indépendance sont liées au départ de la quasi-totalité du colonat européen et aux destructions dues à la guerre. Il rend caduque toute description de l’économie coloniale car aucun des niveaux atteints à la veille de l’indépendance n’a été retrouvé près de vingt ans après, sauf cas secondaires. Or, au temps de sa «splendeur», l’économie du Mozambique était déjà loin d’être considérée comme saine. Depuis 1974, elle est passée par tous les stades de la ruine et la reconstruction tarde à venir malgré le recours aux experts et les injections de capitaux étrangers. Parmi les raisons de ce recul, on citera le refus de la grande majorité de la population blanche et indienne d’accepter une société où les leviers de commande lui échapperaient. Alors que cette population détenait ces derniers dans l’administration et l’économie, son départ massif en 1974-1977 a décapité tous les secteurs, y compris celui de l’agriculture traditionnelle qui voit disparaître les réseaux d’acheteurs et de fournisseurs. Les plus avisés des entrepreneurs emportent avec eux leurs matériels transportables, les plus hostiles sabotent les installations. Les prises de position et les déclarations officielles du nouveau régime découragent ceux qui étaient décidés à rester. À cela s’ajoutent la maladresse, l’incompétence, l’inertie ou la mauvaise volonté d’une main-d’œuvre africaine sciemment infériorisée par ses anciens maîtres et, de ce fait, peu apte à se substituer immédiatement à la maîtrise européenne enfuie. Le manque d’entretien de l’équipement et l’absence de pièces de rechange ont fait le reste. Face à l’écroulement de l’économie, les autorités semblent avoir voulu faire table rase des anciennes structures sans trop savoir comment et avec qui les remplacer, appliquant précipitamment des schémas dirigistes et collectivistes difficilement utilisables par des sociétés mal préparées à les admettre sans contrepartie. Tandis qu’à Maputo les planificateurs et leurs conseillers marxistes rêvent initialement d’une agriculture mécanisée et d’une industrialisation mal étudiée, les cultures de rente enregistrent de telles chutes que les exportations ne permettent même plus de couvrir les importations de pièces de rechange, de denrées alimentaires et de médicaments. La pénurie, la disette et, en certains cas, la famine affectent des zones qui n’étaient pas automatiquement gagnées antérieurement au Frelimo (Frente de Libertação de Moçambique) et à sa politique. L’impossibilité d’écouler normalement la production agricole, soit que les réseaux étatisés s’avèrent défaillants, soit que les prix d’achat soient insuffisants, contribue à la désorganisation d’une économie en elle-même fragile.

La guerre larvée ou ouverte avec la Rhodésie «blanche» (1976-1980) a également ses répercussions sur l’économie. Cette pression militaire, relayée par l’Afrique du Sud, a pris d’autres formes (guérillas anti-Frelimo) de 1980 à 1992, et elle atteint à partir des années 1981-1982 une telle ampleur que, pendant plus de dix ans, des régions entières ne répondent plus aux directives de Maputo.

En temps normal, 90 p. 100 de la population se consacrait à l’agriculture et en 1980 on estimait à 4 600 000 le nombre de travailleurs dans ce secteur, l’industrie n’en recueillant pas même 350 000. On compte six principales cultures d’exportations. La noix de cajou initialement produite au Nord était exportée non décortiquée vers l’Inde. Le décorticage est désormais mécanisé, mais la production est tombée de 204 000 tonnes en 1974 à 22 500 en 1990. Le coton a longtemps été une culture forcée imposée par les Portugais (jusqu’en 1961) à des fins autarciques. 500 000 cultivateurs étaient dénombrés dans les districts (devenus provinces) de Cabo Delgado, Niassa, Moçambique (devenu Nampula), Zambezia. De 132 611 tonnes en 1972, la production chuta à 29 500 tonnes en 1990. Le sucre provenait des grandes plantations de la basse vallée du Zambèze, du Buzi au sud de Beira et de l’Incomati au nord de Maputo. À une exception près, ces compagnies ont été nationalisées. La production était de 331 600 tonnes de canne à sucre en 1990.

Naguère troisième producteur africain de thé dans les collines de Zambezia et notamment dans les montagnes de la frontière du Malawi, le Mozambique semble avoir maintenu en un premier temps sa production, réussissant même à l’accroître de 19 000 tonnes en 1974 à 20 000 en 1980. Puis l’insécurité et les destructions de plantations ont finalement eu raison de cette production (4 300 t en 1990). Le Royaume-Uni et les États-Unis sont les principaux acheteurs. 40 000 travailleurs africains sont normalement employés dans ce secteur. Le coprah est cultivé sur d’immenses plantations (dont la plus grande du monde) dans la plaine littorale de Zambezia et du Moçambique. Le tonnage estimé était de 51 000 tonnes en 1979 et a sombré depuis lors: 31 200 tonnes en 1990. Le sisal, introduit par les Allemands, était cultivé sur une vingtaine de plantations à l’ouest des ports de Moçambique, Nacala, Pemba (ex-Porto Amélia). Il stagne à 3 000 tonnes en 1984, puis remonte à 45 300 tonnes en 1990.

La maïs connaît un déclin d’autant plus tragique qu’il constitue l’un des aliments de base de la population. De 400 000 tonnes en 1972, le Mozambique est passé à 72 000 (estimation) en 1991 et doit recourir aux importations. La sécheresse récurrente nuit beaucoup à cette culture, surtout développée le long du chemin de fer de Beira, du Limpopo et dans la province de Maputo. Le riz a connu un effondrement constant passant de 120 000 tonnes en 1972 à 25 500 en 1990. En résumé, les cultures d’exportation ont terriblement souffert depuis l’indépendance et, ce qui est plus grave encore, le Mozambique ne parvient pas à nourrir sa population sans importations massives, notamment de céréales. Les sécheresses de 1980 et de 1990-1991 ont été particulièrement sévères. Depuis lors, la situation n’a fait qu’empirer, 4 à 5 millions d’habitants étant chaque année menacés de famine et ne survivant plus que grâce à la charité internationale. En 1991, le déficit alimentaire était estimé à 1 100 000 tonnes, l’aide (dons) extérieure devenant de plus en plus difficile à obtenir, en raison de la lassitude des pays donateurs, impuissants à enrayer la famine récurrente.

L’élevage est victime de ces mauvaises conditions climatiques, mais aussi de la présence de la mouche tsé-tsé. Les bovins se trouvent surtout au sud du Save, seule région à avoir une tradition pastorale. Le cheptel était estimé à 1 400 000 bovins en 1990, mais le Mozambique doit, là aussi, importer de la viande et des produits laitiers. Avec une côte aussi étendue, on pourrait s’attendre à trouver la pêche très développée. Il n’en est rien. La situation a été aggravée par le départ de la flotte portugaise. Les prises ont été de 42 000 tonnes en 1983, mais le tonnage représenté par les crevettes est si important que la valeur des ventes de crustacés constitue 35 p. 100 de l’ensemble des exportations en 1990. En 1990, les tonnages de crustacés dépassaient 9 000 tonnes. Devant les risques de surexploitation par les armements étrangers (Japon, U.R.S.S., Espagne, Portugal, Afrique du Sud, etc.), des quotas ont dus être imposés (7 500 t pour 1991).

Ce tableau globalement négatif se retrouve dans le secteur minier. À part la houille à Moatize, près de Tete (potentiel de 600 000 t, mais production limitée à 52 600 en 1990), où les mines nationalisées furent longtemps sous la direction d’experts de l’Allemagne de l’Est, le Mozambique ne produit que des minerais rares comme la tantalite-colombite. En revanche, l’existence d’un gisement de minerai de fer près de Namapa (360 millions de tonnes) est connue. De même, le bassin du Zambèze passe pour un coffre-fort minéral, et l’on sait que des gisements de bauxite, d’uranium, d’amiante, de fer, de diamants et de gaz naturel existent. La mise en valeur de ces richesses a été conditionnée par l’attentisme des investisseurs occidentaux effrayés, à juste titre, par la guerre civile. L’or commence à être exploité au Manica. La raffinerie de Maputo, nationalisée, importe tout son pétrole et produisait 400 000 tonnes en 1984, au-dessous de sa capacité. Des prospections hors côte et sur le continent sont menées par des compagnies américaines, françaises, allemandes et sud-africaines.

Les promesses du Zambèze

À ce jour, la seule grande richesse du Mozambique est constituée par son potentiel hydroélectrique. Il existe des centrales sur le Revué, le Limpopo, le Rio dos Elefantes (affluent du Limpopo) et le Sabié (au sud), mais c’est le gigantesque barrage de Cabora-Bassa, précisément construit sur les rapides qui arrêtèrent Livingstone, qui a pris valeur de symbole. Réalisé malgré les menaces du Frelimo qui se trouve bien aise maintenant de disposer de cet atout, Cabora-Bassa (ou Cahora-Bassa) a pour seuls inconvénients, en premier lieu, d’être situé dans une région comptant parmi les plus arriérées du pays et, en second lieu, d’avoir été conçu dans une optique européo-centriste, à telle enseigne que le premier client de son électricité a été l’Afrique du Sud, jusqu’à ce que les sabotages de la ligne fassent cesser la fourniture de courant qui, à la fin de 1992, n’avait toujours pas repris. Il est clair que les planificateurs portugais avaient vu beaucoup trop grand (irrigation de 1 500 000 ha, création d’une sidérurgie à Tete, installation d’un million de colons africains et européens, etc.). Quand elle n’est pas sabotée, une ligne à haute tension de 1 400 kilomètres fournit à l’Afrique du Sud une partie de son électricité. Le gouvernement portugais conserve l’administration du projet et rembourse les emprunts contractés pour sa réalisation. En 1977, le Mozambique avait une capacité installée de 1 213 mégawatts (en comprenant les centrales thermiques dans les ports et les autres barrages), mais la seconde phase de l’aménagement de Cabora-Bassa, commencée en 1981, prévoit d’y installer une capacité supplémentaire de 1 750 mégawatts. Elle servira à satisfaire les besoins énergétiques du Mozambique et, dès 1980, la construction d’un réseau à haute tension de 2 000 kilomètres a démarré en direction des ports du Nord. Lorsque l’aménagement complet sera terminé, Cabora-Bassa pourrait avoir une capacité de 4 000 mégawatts (2 075 MW en 1991), ce qui le placerait ainsi parmi les plus grands barrages du monde. Il est déjà le premier d’Afrique, mais l’énergie produite par le Mozambique (485 000 000 de kilowattheures en 1989) est insuffisante pour faire face à la consommation nationale. L’hydroélectricité est un atout inappréciable pour un pays tragiquement démuni comme le Mozambique des années 1990. On signalera, cependant, qu’en mars 1987 les attaques de la guérilla contre le réseau électrique avaient eu pour conséquence de faire tourner Cabora-Bassa à 0,5 p. 100 de son potentiel!

Le secteur industriel est loin d’être satisfaisant avec seulement 4 p. 100 du P.I.B. en 1983. Près de 50 p. 100 du potentiel est concentré à Maputo et dans sa banlieue (Matola). Les industries agro-alimentaires l’emportent encore largement. Elles comprennent des raffineries de sucre (326 000 t en 1972, 177 000 en 1981, 33 141 en 1990), des unités de décorticage du cajou, des minoteries, des brasseries, des huileries-savonneries, etc. Bien peu de ces entreprises semblent avoir retrouvé les niveaux d’avant l’indépendance, et le manque de matières premières ou de pièces de rechange en condamne plusieurs à l’inactivité ou à une sous-utilisation fréquente de leurs capacités. Les filatures et tissages de Chimoio (ex-Vila Pery), de même que les cimenteries développées pour les travaux de construction de Cabora-Bassa, tournent au ralenti (110 000 t de ciment en 1984). Les verreries, les papeteries, les fabriques de pneus, de céramiques, de wagons, etc., sont dans la même situation, ce qui s’explique par l’exode des cadres, l’absence de financement et d’entretien, la paralysie économique, la désorganisation des transports, le rétrécissement des débouchés, un bureaucratisme parasitaire et la confusion générale. On estime que la production industrielle a diminué de 30 à 50 p. 100 depuis l’indépendance, bien que le nouveau régime ait posé les fondements d’une diversification. Les entreprises d’État, créées dans tous les secteurs pour remplacer les anciens capitalistes européens, avaient, jusqu’en 1978, accumulé 305 millions de dollars de déficit financé par le Banco de Moçambique. À compter de 1987, un programme de reconstruction économique est censé relancer les investissements privés, nationaux et étrangers. Les prêts de la Banque mondiale, le recours massif et indispensable à l’aide internationale (1 milliard de dollars de 1987 à 1990), un accroissement de la discipline financière et une politique des prix plus réaliste n’ont pourtant pas réussi à compenser les effets de la sécheresse et de la guerre. Sans même parler de la situation catastrophique en brousse, le niveau de vie des réfugiés en ville et des citadins en général n’a cessé de se dégrader depuis les années 1980.

Un pays de transit et d’émigrés

Les transports constituaient l’un des piliers de l’économie mozambicaine, du fait même de la position géographique du pays. Ils avaient tous été conçus pour désenclaver les pays anglophones et l’Afrique du Sud, et les chemins de fer du Sud et du Centre étaient tous dus à l’initiative et aux capitaux étrangers. En 1984, il existait 3 843 kilomètres de voies ferrées ayant transporté 54 millions de passagers et 536 millions de tonnes-kilomètres de fret. En 1988, ces chiffres étaient tombés à 2 033 kilomètres et 231,8 millions tonnes-kilomètres. Les principales lignes desservent l’Afrique du Sud, le Zimbabwe, la Zambie et le Zaïre par Maputo, le Zimbabwe, la Zambie et le Malawi par Beira et ces deux mêmes pays par Nacala. Elles sont toutes orientées, de telle sorte qu’elles traversent le Mozambique sans vraiment l’irriguer (sauf la ligne Zimbabwe-Beira) et qu’aucune ligne n’assure une interconnexion nord-sud, sinon en passant par l’étranger. Au début des années 1990, seules les lignes aboutissant à Maputo et à Beira maintiennent une certaine activité, en dépit de la guérilla. Les lignes allant de Beira et de Nacala vers le Malawi sont le plus souvent coupées. Dans le cadre de la Southern African Development Coordination Conference (S.A.D.C.C.), le Mozambique a pour rôle majeur d’assurer des voies de communication fiables entre la mer et les pays africains anglophones. Des centaines de millions de dollars ont été fournis par l’aide internationale pour réhabiliter les voies ferrées et les ports, sans que les donateurs aient, semble-t-il, pris conscience d’une priorité: la nécessité préalable de mettre un terme à la guerre civile au Mozambique. Les routes, dans ce pays dominé par les chemins de fer, ont pris un retard certain dû à l’histoire d’une colonie morcelée en tronçons empilés comme des anneaux sur un axe, et ce n’est qu’à la fin de la colonisation portugaise que Beira a été relié à la capitale par une route goudronnée. Il n’existe toujours pas d’artères permettant de joindre le Nord au Sud en toutes saisons. Par ailleurs, les embuscades incessantes sur les tronçons encore carrossables ont pratiquement chassé tout trafic régulier jusqu’à la fin de 1992. De ce fait, l’aviation intérieure est relativement développée grâce notamment à la compagnie nationale L.A.M. Les ports ont enregistré un trafic de 17 millions de tonnes en 1974 et 5 900 000 en 1990. Naguère prospère, grâce aux Sud-Africains et aux Rhodésiens venant goûter un charme latin à Lourenço Marques (devenu Maputo) et à Beira, le tourisme, agonisant depuis 1975, a repris timidement grâce aux investissements de consortiums zimbabwéens et sud-africains (1992).

Dans ces conditions de dénuement et de désorganisation, les échanges extérieurs continuent à être déficitaires. En 1980, les exportations atteignaient 420 millions de dollars et les importations 759 millions de dollars. En 1990, ces postes étaient passés respectivement à 126 et 972 millions de dollars, soit un déficit de 846 millions. La balance des paiements est constamment négative (déficit supérieur à 1 milliard de dollars annuels en 1990-1992, si l’aide n’est pas prise en compte), malgré les revenus apportés par le transit et les rapatriements de devises gagnées par les mineurs mozambicains en Afrique du Sud. À cet égard, l’utilisation du port de Maputo par son voisin sud-africain est régie, depuis le début du siècle, par des conventions stipulant que le Mozambique doit fournir un quota annuel de travailleurs aux mines du Rand. Autrefois source importante de revenus pour les autorités portugaises qui étaient payées en or et le conservaient, ces exportations de main-d’œuvre ont décliné depuis l’indépendance, passant de 100 000 travailleurs annuels à un chiffre résiduel de 30 000 mineurs mozambicains, selon les autorités sud-africaines qui ont suspendu en 1987 tout nouveau recrutement.

Assistance extérieure et pragmatisme

Depuis l’indépendance, le Frelimo s’est heurté à une impressionnante série d’obstacles, certains étant inévitables (sécheresse et inondations). Déçu par l’aide des pays du camp soviétique qui lui ont surtout fourni – outre les armes – des techniciens et des experts, le Mozambique a chèrement payé sa politique de confrontation avec le bastion blanc d’Afrique australe. Devant la situation intérieure catastrophique, il a dû recourir à l’assistance des pays occidentaux et des organisations internationales. L’aide alimentaire, selon les années, arrive dans un pays au bord de la famine, voire en plein cauchemar, notamment au sud du Save mais aussi en Zambézie et au nord où des régions immenses sont restées incontrôlées par le pouvoir central depuis des années. En 1990, on estimait que le total de la dette extérieure atteignait 4 654 millions de dollars. Le rééchelonnement des remboursements obtenu des créditeurs est un pur exercice d’école, compte tenu de l’état des finances mozambicaines.

Devant l’ampleur de la crise, le Frelimo a instauré, à partir de 1979, un programme d’austérité. Il a surtout affecté les villes succombant sous un exode rural excessif. Par ailleurs, les campagnes contre la corruption, le parasitisme, l’incompétence des cadres, etc., se sont accompagnées d’une dénationalisation du commerce de détail. L’appel aux investisseurs étrangers, le rétablissement des stimulants matériels dans certaines industries, la lutte contre un marché noir endémique témoignent bien de ce qu’avaient eu de hâtif et de dogmatique les mesures prises dans l’euphorie de l’indépendance. Il reste que le revenu par tête était estimé à 80 dollars en 1991 et qu’il ne peut s’accroître tant que l’économie sera paralysée par les contraintes signalées, d’autant plus que la croissance démographique, longtemps restée sage, prend des allures menaçantes que seules la famine, les tueries et la mortalité infantile freinent quelque peu.

2. Un peuple face à son histoire

La ré-africanisation de la population

Contrairement à l’Angola, le Mozambique n’a jamais été, malgré les efforts tardifs (1950-1974) des Portugais, un pays de peuplement blanc. En revanche, il avait reçu d’importantes communautés goanaises et indiennes dès le XVIIIe siècle. Le nombre des métis a toujours été faible (quelques dizaines de milliers). Des 200 000-250 000 Blancs, des 30 000 originaires de la péninsule indienne et des 5 000 Chinois (Macao) sur place en 1973, il reste probablement, malgré les retours, moins de 20 000 Portugais et quelques milliers d’Asiatiques, tant l’exode ou la fuite ont été dramatiques pour ce pays qui est redevenu ce qu’il était: un pays africain. La population a augmenté de 50 p. 100 en dix ans, passant de 8 168 933 habitants en 1970 à 12 130 000 en 1980 et peut-être 16 millions en 1991 si l’on inclut le million et demi de réfugiés dans les pays voisins. Un phénomène récent est la croissance désordonnée de Maputo qui, de 178 000 en 1960, atteignait déjà 850 000 habitants en 1980 et vraisemblablement 1 500 000 à la fin de 1988. Au nord du pays, Nampula s’efforce de prendre le relais de Maputo en utilisant l’héritage et l’infrastructure abandonnés par les militaires portugais. Beira (400 000 habitants en 1990) ne s’est pas encore relevé de la fermeture de la frontière rhodésienne et de l’insécurité qui persiste dans son hinterland naturel jusqu’en 1992. Les autres métropoles régionales, telles Xaixai (ex-João Belo), Inhambane, Tete, Quelimane, Lichinga (ex-Vila Cabral), Pemba... subissent, à des degrés divers, les contrecoups des troubles. Tant bien que mal, elles absorbent les vagues de ruraux qui espèrent trouver à s’employer, voire à survivre, près des sources du pouvoir local. Les centres de distribution de l’aide alimentaire internationale, de même que les points d’ancrage de l’armée du Frelimo dessinent une nouvelle géographie urbaine dont l’avenir dira si elle est appelée à devenir durable pour environ de 3 à 4 millions de réfugiés internes.

Les problèmes angoissants concernent surtout la brousse où les situations régionales paraissent peu claires. Si l’insécurité signalée dans toutes les provinces en raison des activités de la guérilla anti-Frelimo paraît un phénomène transitoire, mais qui a duré plus de dix ans en certains endroits, il n’en va pas de même de la détérioration économique qui fait que d’immenses régions au-delà de 50 à 100 kilomètres à partir des localités précitées sont retombées dans un régime d’autosubsistance impécunieuse, sans possibilité ou sans volonté d’écouler leur production et recevant de loin en loin des directives mais peu de réconfort des autorités.

Appartenant désormais en quasi-totalité aux Bantous centraux, la population mozambicaine est peu homogène. On distingue un minimum de dix groupes ethniques majeurs, dont la plupart sont subdivisés en sous-groupes (de 80 à 90 pour l’ensemble du pays). Le Zambèze est considéré comme la grande ligne de clivage, mais en fait il n’a jamais été un obstacle pour les migrations. Les statistiques ethniques ne sont pas récentes (1950) et restent peu fiables. On estime cependant que le groupe dominant (par la démographie, mais non par le poids politique) est celui des Macua-Lomué (ou Makua-Lomwe) avec 40 p. 100 environ de la population. Ils occupent l’essentiel des provinces de Zambezia, Nampula, Niassa et Cabo Delgado. Ce sont des agriculteurs émiettés en une myriade de petits villages. Islamisés en partie, ils ont résisté durement à la conquête portugaise, mais ont été parmi les plus hostiles au combat nationaliste du Frelimo (en brousse tout au moins). Les Ajáua (ou Yao) qui vivent surtout au Niassa (ainsi qu’au Malawi et en Tanzanie) ont été des esclavagistes impénitents. Islamisés massivement, ils ne représentent que quelques centaines de milliers d’individus (commerce et agriculture). Les plus connus des Nordistes sont les Makonde (Maconde) à cheval sur le Rovuma, qui ont été les derniers à refuser la colonisation. Farouchement xénophobes (souvenir des raids esclavagistes des Swahili, des Ajáua et des Macua), ces animistes vivant sur leur plateau peu accessible ont été le fer de lance de la guérilla du Frelimo. Leur nombre est cependant limité (de 300 000 à 400 000) et leur rôle n’est pas très clair depuis l’indépendance. Parmi les autres Nordistes, les groupes du fond marave comprennent les Nianja et les Chewa, autour du lac Niassa et dans la province de Tete. Ils ont fourni le gibier d’une traite atroce au XIXe et au début du XXe siècle. En quelques comptoirs côtiers vivent des Swahili qui ont été des négriers et des résistants anti-Portugais particulièrement résilients.

Dans la vallée du Zambèze, les mélanges et les imbrications ethniques sont si multiples que les ethnologues ont créé la désignation de «complexe du Zambèze» (ou du Bas-Zambèze) pour regrouper une population de cultivateurs où les fonds marave et shona ont reçu des apports arabes, swahili, indiens, portugais... Au sud de ce regroupement fourre-tout (15 p. 100) et au nord du Save, on trouve les Shona et apparentés (peut-être 12 p. 100) qui appartiennent aux civilisations des plateaux du Zimbabwe. Agriculteurs, ils ont peu contribué à la résistance et à la guerre de libération (mais beaucoup à la guérilla anti-Frelimo depuis 1980) et ont été plus ou moins influencés par les missions et les migrations de main-d’œuvre vers Beira et le Zimbabwe. Cette même réceptivité aux agents du modernisme se retrouve chez les Chope et les Bitonga, au sud et à l’ouest d’Inhambane. Avec environ 5 p. 100, leur poids est peu sensible, mais ces agriculteurs habiles (surtout les Chope) ont quelques élites modernes. À mesure que l’on descend vers l’Afrique australe et Maputo, l’influence du monde européen augmente et ce sont les Thonga (environ 20 p. 100) qui constituent l’ethnie la plus évoluée du Mozambique, en raison avant tout des courants migratoires vers l’étranger (pratiquement tous les adultes mâles effectuaient un séjour de plusieurs années en Afrique du Sud à l’époque coloniale) et de la présence d’un réseau d’écoles et de missions inconnu ailleurs au Mozambique.

Une scolarisation tardive mais accélérée

Traditionnellement, les Sudistes et surtout les citadins parmi eux ont constitué les noyaux les plus actifs de travailleurs, de fonctionnaires, d’intellectuels et de contestataires du Mozambique. Ce sont eux qui ont encadré le Frelimo et, encore maintenant, le dirigent quoique le brassage soit recherché. Ce sont eux qui sont christianisés le moins superficiellement, même si le Frelimo marxiste a longtemps vu d’un assez mauvais œil les activités évangélisatrices des missionnaires catholiques et protestants. Toutefois, le fond de la population mozambicaine est animiste ou indifférent, avec une constante progression de l’islam au nord de Quelimane.

En 1970, le Mozambique comptait 540 000 élèves et étudiants, la plupart dans le primaire (527 000), la population scolaire se «blanchissant» à mesure que le niveau montait (1 071 étudiants universitaires, essentiellement blancs, métis et asiatiques) à Lourenço Marques. Le Frelimo s’est lancé dans un programme de scolarisation massive afin de doter le pays d’un minimum de cadres, et surtout d’assurer une unité linguistique à cette juxtaposition d’ethnies aux langues mutuellement inintelligibles. C’est dans ce domaine que les observateurs le créditent des réalisations les plus solides, malgré un manque de moyens évident (en moyenne 1 enseignant pour 50 élèves dans le primaire). En 1988, le Mozambique avait multiplié par deux le nombre d’élèves (1 199 669) dans le primaire et par dix (107 080) dans le secondaire. L’Université (2 562 étudiants) se heurte à l’absence de candidats sérieusement formés en amont. Imposant le portugais comme langue unique et obligeant élèves et étudiants à participer à l’effort de construction nationale, c’est le Frelimo qui est devenu le meilleur agent de la lusitanisation tardive mais accélérée d’un pays entouré de voisins anglophones.

Depuis 1980-1981, la guérilla anti-Frelimo de la Renamo (Resistência Nacional Moçambicana, alias M.N.R.: Movimento Nacional de Resistência de Moçambique) détruisant systématiquement les symboles du pouvoir central en brousse (et en premier lieu les écoles), il est difficile de dire si la scolarisation, au début des années 1990, dépasse de beaucoup le chiffre de 1 500 000 élèves et étudiants.

Comptoirs et chimères

L’histoire du Mozambique avant le XIXe siècle est celle de migrations bantoues nord-sud et ouest-est, de pénétrations commerciales asiatiques et arabes et de conquêtes européennes depuis la mer. Les premières sont encore à peine dévoilées par la recherche moderne et les autres d’une complexité si redoutable que l’on doit se borner ici à dégager quelques idées-forces. Pour les Portugais, le Mozambique n’avait qu’une importance mineure jusqu’à la fin du XIXe siècle. L’îlot de Moçambique est surtout une escale sur la route des Indes et les richesses supposées du royaume du Monomotapa au centre s’étant avérées illusoires, le Mozambique restera tout au long des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles une dépendance assoupie de l’Inde portugaise (Goa). Jamais les Portugais ne seront plus de deux mille avant la fin du XIXe siècle. Il ne s’agit en aucun cas de colonisation comme au Brésil, mais d’une simple exploitation par prélèvement. En 1489 arrive le premier Portugais, un voyageur-espion, Pêro de Covilhã. Neuf ans plus tard, Vasco da Gama débouche par le sud de l’Afrique dans les thalassocraties islamisées du littoral. Dès lors, la politique de Lisbonne sera à la mesure de ses faibles moyens: s’emparer des entrepôts côtiers du Centre-Afrique et tenter de prendre pied dans les terres aurifères de l’intérieur, en remontant le Zambèze. Sofala, Quelimane et Moçambique sont quelques-uns des points tenus par les Portugais. Le premier des leurs à s’enfoncer à l’intérieur du Monomotapa sera le déporté de droit commun António Fernandes. Pour y accéder plus facilement, entre 1530 et 1570, les Portugais se fortifient sur le Zambèze (Sena et Tete), mais les rapides de Cabora-Bassa bloquent leur avance sur le fleuve. Le roi Sébastien (1557-1578) enverra la plus forte expédition européenne sous ces latitudes avant 1895: mille soldats commandés par Francisco Barreto en 1569. Ils seront anéantis par les fièvres. D’autres suivront aux XVIe et XVIIe siècles et parviendront à s’implanter sur les hauts plateaux du Monomotapa, toujours à la recherche de métaux précieux. Tantôt conquérants, tantôt alliés avec les autorités africaines qu’ils manipulent, tantôt soumis à elles, les Portugais ne trouvent jamais assez d’hommes pour imposer durablement leur loi, d’autant plus que la contre-offensive musulmane les chasse de leurs comptoirs d’Afrique orientale. Dès le début du XVIIIe siècle, les Portugais ne s’aventurent plus que rarement au nord du Rovuma.

En revanche, sur le Zambèze, quelques soldats et marchands métropolitains et goanais s’incrustent sur des concessions de terres domaniales, les prazos , qui tendent à se constituer en fiefs héréditaires. Initialement confiés par la Couronne à des Blanches, à charge pour elles et leurs filles de se marier avec des Blancs, les prazos, destinés à être des avant-postes sur les marches «barbares», deviennent d’immenses baronnies de senhores métis en contact avec l’intérieur de l’Afrique. Pour le reste du Mozambique actuel, l’influence de la capitale insulaire à Moçambique est largement fictive. En 1714, la feira (marché) de Zumbo est ouverte et les missionnaires s’activent en Zambézie, mais Lourenço Marques est disputé aux Hollandais, aux Autrichiens et aux Britanniques. En 1752, les comptoirs mozambicains sont détachés de Goa et deviennent autonomes. La traite prend de l’ampleur à partir de la fin du XVIIIe siècle et sert à peupler les Mascareignes françaises, le littoral de Madagascar, les Arabies, la Perse et même les Amériques. Le tableau offert par les possessions d’Afrique orientale est bien sombre quand intervient la «suppression» officielle de la traite en 1836. En fait, elle va persister et n’a jamais été aussi vigoureuse, puisque du gouverneur général au plus petit des senhores zambéziens et au plus humble des trafiquants d’Inhambane, de Sofala ou d’Ibo, tous les «civilisés» ne vivent que d’elle.

À cela s’ajoute le fléau que constituent les multiples invasions ngoni qui, fuyant Chaka, ravagent l’hinterland des comptoirs méridionaux et centraux (eux-mêmes attaqués), dépeuplent les prazos de la rive sud du Zambèze et bouleversent la géopolitique des terroirs thonga et shona. Elles finissent par aboutir à la constitution du royaume ngoni du Gaza qui, par feudataires interposés ou directement, occupe presque tout le Sud et une partie du Centre-Mozambique pendant deux générations. Ce nouveau voisin des comptoirs sera cependant moins dangereux pour ce qui subsiste d’autorité à Moçambique que l’apparition de véritables dynasties de senhores métis bantouisés, de part et d’autre du Zambèze. Parmi les plus menaçants de ces micro-États, on citera le Makanga, le Massingire et surtout le Massangano qui, sous le règne de Bonga, deviendra le résumé de l’impuissance portugaise. Bonga battra quatre expéditions (1867, 1868, 1869) et décapitera plus de trois cents soldats (en majorité métropolitains, dont trois gouverneurs de district). Jusqu’à sa conquête en 1888, le Massangano restera le symbole de l’horreur qu’inspire le Mozambique à la métropole qui n’y envoie à cette époque que des degredados (déportés) et des crédits pour renflouer le budget local.

Résistance et conquête

La conquête du Mozambique sera un cauchemar aussi douloureux pour le Portugal que la conquête de l’Angola. De 1854 à 1914, il ne se passe pratiquement pas d’années sans que l’armée ne se batte, et l’on compte un minimum de cent soixante campagnes et opérations mineures pendant cette période. Après une grave crise diplomatique avec la Grande-Bretagne (ultimatum britannique du 11 janvier 1890), les hautes terres du Nyassaland (devenu Malawi) et les territoires revendiqués entre l’Angola et le Mozambique actuels sont perdus au profit de Londres, et surtout de l’insatiable Cecil Rhodes qui, jusqu’à la fin du siècle, menacera même d’évincer les Portugais du Mozambique central afin de donner un débouché maritime à sa Rhodésie.

La renaissance coloniale de Lisbonne, généralement passée sous silence, a surtout été une entreprise de l’armée et du Trône (jusqu’à la proclamation de la République en 1910). Parmi les «héros coloniaux» vient en premier lieu le commissaire royal António Enes qui vaincra le royaume ngoni du Gaza (1895). Son successeur, Mousinho de Albuquerque, capture Gungunhana, roi du Gaza, et réprimera le dernier sursaut du Sud (1897), mais il échouera dans sa conquête du district de Moçambique. En 1902, sous la conduite de João de Azevedo Coutinho, la guerre du Barué (aire des Shona) détruira le dernier État important au sud du Zambèze. Au nord du fleuve, les émirats swahili dont celui de l’Angoche, de même que la coalition des Namarrais (Macua à 30-40 km de Moçambique) offriront une résistance acharnée jusqu’en 1913. Ils seront écrasés par deux gouverneurs de district, Massano de Amorim et Duarte Ferreira. Tout au nord, la Compagnie du Nyassa aura fort à faire pour conquérir les Ajáua (1912) et ne parviendra pas à occuper le pays makonde avant 1920-1922. Entre-temps, la Grande Guerre aura ravagé le Mozambique. Elle se caractérise en premier lieu par la grande révolte zambienne de 1917-1918, qui peut être considérée comme une proto-guerre de libération; en second lieu par les deux invasions allemandes de 1917-1918 qui, sous la conduite de von Lettow-Vorbeck, humilieront les Portugais et déclencheront d’obscures révoltes des Macua-Lomué et des Ajáua.

De cette cascade de conflits il importe de retenir une évidence: la colonisation portugaise n’a jamais duré quatre siècles au Mozambique comme certains le proclament encore, mais tout au plus deux ou trois générations avant son effondrement de 1974.

Une colonisation par procuration

Parallèlement à l’occupation, le Portugal, financièrement aux abois, doit se résoudre à confier le développement d’une grande partie de cette colonie en devenir à deux compagnies à charte, calquées sur le modèle rhodésien, et aux capitaux majoritairement britanniques. La Compagnie du Nyassa administrera le territoire entre le Lúrio et le Rovuma (1894-1929) et sera surtout une gigantesque machine à pressurer les Africains. La Compagnie de Mozambique (1891-1941) entre le Zambèze et le sud du Save obtiendra des réalisations plus concrètes (agriculture le long du Zambèze et installations ferroviaires et portuaires pour désenclaver la Rhodésie). Le reste du bassin du Zambèze est remis à plusieurs autres compagnies dont la plus importante, la Compagnie de Zambézie, sous-louera ses prazos à des concessionnaires. En d’autres termes, le Mozambique a éclaté en plusieurs tronçons juxtaposés, dont deux (au nord et au centre) peuvent être considérés comme des colonies autonomes où le gouverneur général, installé dans la nouvelle capitale à Lourenço Marques (1898), n’a plus qu’une juridiction atténuée. Ce morcellement durera jusqu’en 1942 lorsque Salazar récupère la concession de la Compagnie de Mozambique.

Jusqu’en 1964, date du déclenchement de la lutte nationaliste, le Mozambique est une colonie qui, dans l’ensemble impérial portugais, vient après l’Angola. Conçu pour fournir à bon marché des matières premières à la métropole, des devises fortes et de l’or (transit et exportation de travailleurs) et des débouchés à l’industrie portugaise, le système paraît fermé à toute évolution. En fait, des ruptures apparaissent dans cet échafaudage. Les cultures forcées et l’indigénat sont supprimés en 1961, mais les inégalités entre colons (et assimilés) et anciens indigènes persistent. Les libertés politiques ne peuvent évidemment être accordées par un régime totalitaire déjà en guerre en Angola et en Guinée. Une discrimination raciale feutrée ou ouverte continue à s’inspirer des modèles rhodésiens et sud-africains. L’appui supposé immuable de l’Afrique du Sud au régime salazariste encourage les partisans de l’immobilisme.

La lutte nationaliste

Face à ce bastion de l’obstination coloniale, les Africains évolués qui n’ont pas lié leur sort à celui des Européens s’organisent en exil, avec l’appui du Parti communiste portugais, des pays de l’Est et de différents milieux anticolonialistes des pays occidentaux. Le Frelimo, fondé en 1962, résulte de la fusion de trois mouvements antérieurs. Son premier président est un intellectuel du Sud, Eduardo Mondlane, formé aux États-Unis. Le Frelimo attaque en septembre 1964 sur le plateau des Makonde, favorable de par sa population et son emplacement à une action armée conduite par un état-major installé en sécurité de l’autre côté du Rovuma. Bien que les Portugais se soient préparés à l’avance, ils ne peuvent contrôler durablement ces immensités sous-peuplées du Nord-Mozambique. Un grignotage très lent s’opère, les zones gagnées à l’insurrection s’élargissant vers le lac Nyassa et descendant vers le Zambèze, sans toutefois que le Frelimo emporte de bien grands avantages sur les villages fortifiés créés par les Portugais pour la majorité de la population restée avec eux. À partir de 1968, le Frelimo s’infiltre dans le district de Tete. Cette année-là, Eduardo Mondlane est assassiné, mais en mai 1970, un autre Sudiste, Samora Machel, devient le président du Frelimo qui, s’il connaît des dissensions internes, n’en poursuit pas moins sa progression. Le général Kaulza de Arriage croit, pendant l’été de 1970, réussir une contre-offensive décisive au nord. Les résultats sont mitigés. De son côté, le Frelimo ouvre de nouveaux fronts au sud du Zambèze dès 1971 et prépare lentement son arrivée au centre. En juillet 1973, l’exploitation habile de massacres commis par les troupes africaines des Portugais déconsidère un peu plus le haut-commandement. Si le Frelimo (10 000 guérilleros environ) ne contrôle guère plus de 100 000 villageois dans ses zones en 1972, la lassitude s’installe dans les rangs des cadres moyens de l’armée portugaise, tandis qu’au début de 1974 le Frelimo est déjà militairement actif et le coup d’État des capitaines en métropole, le 25 avril 1974, conduit les nouvelles autorités à céder sur toute la ligne, à partir du moment où les soldats (de 50 000 à 60 000, y compris les Africains) de Lisbonne ne veulent plus se battre.

Des négociations s’ouvrent avec le Frelimo. Le 4 août 1974 est reconnu le droit à l’indépendance. Les accords de Lusaka (7 sept. 1974) prévoient un cessez-le-feu immédiat et la formation d’un gouvernement de transition avant l’indépendance fixée au 25 juin 1975. Malgré une tentative de putsch des colons à Lourenço Marques, l’armée portugaise restée sur place n’appuie pas les ultras et ne fait pas appel à l’Afrique du Sud. L’exode des Européens devient massif après que des massacres ont été commis sans susciter de grandes réactions des autorités. L’armée du Frelimo reçoit toutes les facilités pour s’implanter dans les zones qu’elle ne contrôlait pas. Aucun partage du pouvoir n’est accepté et le Frelimo, dans la Constitution qu’il élabore, s’érige en parti unique, dirigeant l’État et la société. L’indépendance est proclamée le 25 juin 1975, le président Samora Machel étant immédiatement porté à la tête du pays. Un programme d’austérité, de nationalisations radicales, d’étatisation de l’enseignement et de la santé, etc., vise à transformer toute la société mozambicaine. Très ambitieux dans sa conception, il pèche par manque de moyens, et si sa rigidité dogmatique fascine les idéologues de l’extérieur, elle est beaucoup moins bien acceptée par la population. Au congrès de février 1977, il est décidé de faire du Frelimo un parti d’avant-garde révolutionnaire, la société, les modes de production, les mentalités devant être modifiés pour créer l’«homme nouveau». En fait, derrière un verbalisme omniprésent, les contraintes économiques obligent l’équipe au pouvoir à adopter au fil des ans un certain pragmatisme qui se fait surtout sentir dans le décalage entre les intentions du noyau dur (mais non monolithique) du Frelimo d’une part, l’exécution de ses directives sur le terrain et le choix de ses partenaires commerciaux d’autre part. Les marxistes qui ont pris en main le destin de cet assemblage encore mal soudé ont l’ambition de forger une variante du socialisme africain intransigeant, aux portes mêmes du pays de l’apartheid et de l’ultracapitalisme. Pure utopie qui coûtera cher au pays. Quoi qu’il en soit, au début des années 1980, on reconnaît généralement au Frelimo un sérieux et un sens de l’État indéniables.

Toutefois, ni la nature ni les hommes n’allaient laisser le Frelimo jouir longtemps de sa victoire politique. La sécheresse et d’autres catastrophes naturelles accroissent le mécontentement de très larges secteurs de la population rurale. Parallèlement, l’Afrique du Sud réactive, en 1980, un mouvement que les services secrets rhodésiens avaient mis sur pied pour riposter à l’aide que le Mozambique accordait aux nationalistes du Zimbabwe-Rhodésie. Cette Renamo regroupe d’anciens membres des troupes africaines de l’armée portugaise, des dissidents du Frelimo et des ruraux enrôlés de gré ou de force dans cette guérilla antimarxiste aux intentions floues. À partir de 1981, elle pratiquera une politique de déstabilisation par la terreur élevée au rang de dogme. Ce nihilisme anti-État, à soubassements parfois populistes et antimodernistes (sorcellerie, sectes nativistes, utilisation de la chefferie), progressera si rapidement et se traduira par de telles saignées de l’économie qu’au début de 1984, à la tête d’un pays ravagé par la sécheresse, la famine et l’extension rapide de la guérilla antigouvernementale, le Frelimo est contraint de signer (16 mars 1984) un pacte de non-agression avec son trop puissant voisin, l’Afrique du Sud. Chacune des deux parties s’engage à ne plus appuyer les mouvements subversifs dirigés contre l’autre.

Avec le recul, il semble bien que le Mozambique n’avait pas d’autre choix. Mais c’est pour lui un marché de dupes car les militaires sud-africains continueront à soutenir la Renamo. Lorsque le président Samora Machel meurt dans un accident d’avion (19 octobre 1986), la situation militaire est très grave pour le Frelimo qui, malgré l’aide militaire du Zimbabwe et de la Tanzanie, n’arrive pas à enrayer la progression de la guérilla. Le nouveau président, Joaquim Alberto Chissano, a la réputation d’un réaliste tendant à se rapprocher des pays occidentaux et à desserrer le carcan étatique. Il n’en demeure pas moins que, malgré de nombreuses contre-offensives du Frelimo et des dissensions en son sein, la Renamo, dirigée par Afonso Dhlakama, réussit encore, avec moins de 30 000 partisans, à empêcher le Frelimo de gérer un pays peut-être trop complexe et trop grand pour tout pouvoir cantonné dans les villes. Devant une situation qui lui échappe, le Frelimo doit progressivement remiser ses prétentions. En 1989, il cesse de se proclamer «parti marxiste-léniniste d’avant-garde». Il accepte le pluralisme en novembre 1990. En 1991, son idéologie devient un simple «socialisme démocratique» de façade. L’important est qu’il accepte enfin le principe de négociations avec la Renamo. Plusieurs médiations d’hommes d’Église échouent en 1989 et 1990, mais la hiérarchie catholique et le gouvernement italien persévèrent dans leurs efforts de conciliation. Un cessez-le-feu partiel est signé en décembre 1990, puis violé par la Renamo qui doit cependant lâcher du lest devant les pressions de ses mentors (Afrique du Sud). Finalement, après des négociations ardues (1991-1992), la Renamo, qui n’a cessé de poursuivre ses exactions contre la population civile, accepte de signer un accord de cessez-le-feu total, le 4 octobre 1992, à Rome, prévoyant la démilitarisation des zones contrôlées par les deux parties, la fusion de leurs troupes et des élections législatives et présidentielle dans les douze prochains mois. Les difficultés initiales d’application de l’accord et l’exemple angolais interdisent tout optimisme inconsidéré. Toutefois, l’épuisement du pays et des populations est tel, après seize ans de guerre (1 million de morts, 200 000 orphelins, plus de 1 million et demi de réfugiés dans les pays voisins), que l’on ne voit pas que le Mozambique puisse continuer longtemps encore à s’auto-anéantir.

Mozambique
(canal de ou du) partie de l'océan Indien située entre l'Afrique et Madagascar.
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Mozambique
(république du) (República de Moçambique), état d'Afrique orient., sur l'océan Indien (canal de Mozambique); 784 692 km²; env. 15 millions d'hab. (croissance démographique: 2,7 % par an); cap. Maputo. Nature de l'état: rép. de type présidentiel. Langue off.: portugais. Monnaie: metical. Pop.: Makua-Lomwé (47 %), Thonga (23 %), Malawi (12 %), Shona (11 %), etc. Relig.: religions traditionnelles (48 %), christianisme (39 %), islam (10 %). Géogr. phys. et hum. - étiré en latitude, le Mozambique comprend une plaine littorale (45 % de la superficie du pays), bordée de mangrove, inhospitalière au centre mais qui groupe l'essentiel de la population du pays. On trouve ensuite des plateaux de moyenne altitude (200 à 600 m), que dominent de hauts plateaux (600 à 1 000 m), ces hauteurs étant surtout développées au N.-E. (point culminant, 2 436 m). Le climat tropical assez humide favorise la savane en plaine et la forêt claire sur les versants (jusqu'à 600 m d'altitude). Les fleuves, bien alimentés, ont un important potentiel hydraulique. Malgré une forte mortalité, la croissance démographique est importante. Toutes les langues parlées sont bantoues. écon. - La population, rurale à 80 %, vit surtout de l'agriculture: productions vivrières (maïs, manioc, sorgho), cultures d'exportation (thé, coton, canne à sucre, noix de cajou), mais la balance agricole est négative. La pêche est importante; les crevettes assurent le tiers des exportations du pays. Les ressources du sous-sol sont notables (charbon, mica, fer, or, pierres précieuses, gaz), mais peu exploitées et l'industrie se limite à quelques productions textiles et agro-alimentaires, mais la découverte d'un riche gisement de gaz dans le sud du pays, exploité par une compagnie amér. (accord signé en nov. 1995), peut sortir le pays du marasme. En effet, l'économie, désorganisée par le départ des Portugais et la collectivisation qui suivit, a été affectée par des calamités successives (sécheresses, inondations) et par la guerre civile. Le Mozambique fait partie des pays les plus pauvres du monde; il ne survit que grâce à l'aide internationale et attend beaucoup de la coopération avec l'Afrique du Sud. Hist. - à une époque très ancienne, les marchands indiens et indonésiens fréquentaient le littoral. Au XIIe s., les Arabes atteignirent cette région, dont ils épuisèrent les ressources. Ils s'enfoncèrent alors vers l'intérieur, que le réseau marchand relia à l'océan Atlantique aux XVIIe-XVIIIe s. Face à cette concurrence, les Portugais ne purent développer leurs comptoirs (fondés à partir de 1530). Ils n'entreprirent la colonisation du pays qu'en 1894. Les populations de l'intérieur résistèrent longtemps. à partir de 1926, le gouvernement de Salazar relança la colonisation. En 1935, le Mozambique devint partie intégrante du Portugal; en 1951, une prov. d'outre-mer. L'indigénat, catégorie soumise au travail forcé, comprenait 99 % des Mozambicains. En 1961, cette pratique fut abolie, mais les inégalités demeuraient fortes. En 1962, Eduardo Mondlane et le pasteur Uria Simango fondèrent le Frelimo (Front de libération du Mozambique), basé à Dar es-Salaam en Tanzanie. Le 25 sept. 1964, le Frelimo proclama l'insurrection générale. En 1965, il contrôlait 20 % du territoire, mais des divergences internes menèrent notam. à l'assassinat de Mondlane en 1969. Le Frelimo se déclara marxiste en 1970. Après la révolution des OEillets à Lisbonne (1974), le Mozambique accéda à l'indépendance (juin 1975) et devint une rép. populaire, dirigée par le leader du Frelimo (parti unique en 1977), Samora Machel, qui nationalisa l'économie, l'éducation, la santé. En 1981, commencèrent les offensives de la Résistance nationale du Mozambique (Renamo), qui, soutenue par l'Afrique du Sud, ruina le pays. En 1986, le prés. Machel mourut dans un accident d'avion. Son successeur, Joaquim Chissano, tenta d'assouplir l'étatisme. En 1989, il renonça au marxisme. En 1990, une nouvelle Constitution établit le multipartisme, alors que le Frelimo et la Renamo négociaient. En 1992, ils signèrent un accord sous l'égide de l'ONU. En 1994, des élections libres, surveillées par une mission de l'ONU, virent la victoire de J. Chissano.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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  • Mozambique — Mozambique, Küstenstrich in Ostafrika vom Kap Delgado bis zur Delagoabai, der Insel Madagascar gegenüber, mit niederer, zum Theil sumpfiger Küste, steigt im Innern zu einem Hochgebirge an, ist wohl bewässert, von den Strömen Limpopo und Zambese… …   Herders Conversations-Lexikon


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